Mon fils, les foufounes, le mauvais doigt du Canada, et le schéma de Robert Jakobson- titre moins « putaclik » qu’il n’y paraît

Allé viens, je t’emmène dans le monde passionnant de la communication – Photo de Juhasz Imre sur Pexels.com

Immigrer dans un pays, c’est vouloir s’intégrer dans sa société, c’est pourquoi nous sommes de ceux qui pensons que cela passe par l’école et l’emploi – je ne suis pas sûre d’en trouver  un avec ce genre de titres. Et s’il y en a un qui s’est drôlement bien intégré à la société icitte c’est mon fils. Il a adoré sa nouvelle école dans le système québécois dès les premiers jours, a très rapidement demandé à rester au moment du lunch et même au service de garde certains soirs – oh non plus de temps pour moi. Bref, il est heureux, a des amis, fait des « trucs » et des « machins » et des tas d’autres « choses » en classe, et nous fait rencontrer les parents de sa « gang de potes » avec lesquels on est devenu amis.

Et puis un jour – il y a toujours un « et puis un jour » – en sortant de l’école, lui qui n’est qu’innocence, m’informe en riant qu’«aujourd’hui à l’école il a vu des petites foufounes bouger en rythme». 

Je manque de m’étouffer avec le pain au chocolat – ça va, de un c’est l’heure du goûter et que le parent qui n’a jamais gouté avec son enfant me jette la première pierre et, de deux, on reparlera de cette histoire de chocolatine- et lui demande de répéter sûre que je n’ai pu que mal entendre le mot qui venait de sortir de la bouche de mon nain de 6 ans -bin non mais voyons donc, il me sort le mot «foufoune » comme ça, comme brocolis – d’ailleurs c’est assez rare qu’il me dise ce mot là aussi, mauvais exemple je te l’accorde.

A ma demande – intelligente, on s’entend ce n’est pas comme si on était en pleine rue entourée de beaucoup de personnes- il me répète exactement la même chose en hurlant – pour être sûr d’être correctement entendu par la mairie de Marseille. Je me suis dit qu’il était bien inutile de lui poser d’autres questions concernant son apprentissage de vocabulaire journalier étant donné qu’il se pouvait fortement que la consonance du mot l’amuse et voilà tout, ça lui passerait forcément – qui était l’innocence même au début de mon récit déjà?

Sauf que – il y a toujours un « sauf que » avec les enfants- ce mot, il le répète comme 300 fois en l’espace de 200 pas -beaucoup trop souvent donc. Et je peux comprendre, qui n’a pas essayé de caler un mot récemment appris dans toutes ses phrases – en témoignent, mon «c’est prégnant » de 1998 ou mon « je vais l’occire » de 2004. 

Mais là comment dire….y a comme un petit truc que je ne saurais décrire – on va dire la vulgarité, sa jeunesse, le fait que ce soit mon fils qui dise ça – qui me gêne.

Puis, il est pile poil …« ah maman t’a dit poil mouhahaha hiiiiinnnnn » – voilà, cet âge là qui s’arrête probablement vers 40-70 ans.

Ne supportant plus de l’entendre hurler dans la rue « foufounes » par-ci, « foufounes » par là, je me décide à l’interroger : « Mais c’est quoi une foufoune? » – oui je lui ai posé cette question qui sonne tellement étrange à nos oreilles de « maudits français ». 

Toujours aussi fier de son nouveau mot il m’a dit « une? Bin non, DES foufounes maman!». En lisant ça, tu as senti mon frisson, j’en suis sure. Hilare, il a poursuivi « un popotin, des p’tites fesses, des… ». J’ai stoppé là la définition, on risquait le débordement, qui  contrairement à ce que je pensais, n’avait pas eu lieu plus tôt. Bref, ils ont tous bougé «leurs foufounes » en rythme en cours d’éduc -pour éducation sportive, le sport oui. 

Bien entendu, j’étais obligée de lui indiquer qu’en France c’était un gros mot, sans quoi on risquait d’avoir des débordements lors de notre prochain voyage. Il en a très logiquement conclu qu’il ferait bien attention de parler québécois à Montréal et français en France – oui je lui ai fait mes yeux de l’amour.

Finalement la partie la plus étrange de tout ça c’est que je sais que ça n’a rien de vulgaire icitte, que ça n’a pas une portée plus large que popotin, que ce n’est qu’une version puérile du derrière mais ça me gêne quand même de l’entendre dire ce mot là – j’ai du l’écrire dans cet article plus de fois que l’occasion m’a été donné dans toute ma vie…..


Sauf que – oui, une histoire à double rebondissements pour te faire oublier toutes les histoires sans chute que je t’ai déjà partagées- le fait qu’un mot innocent ici pouvait avoir un autre sens là-bas, il en avait un autre exemple – cet enfant peut-il arrêter d’être un dictionnaire de mots à ne pas prononcer – qu’il souhaitait partager avec moi.
Enfin, ce n’est pas vraiment un mot, c’est un geste – moui, je sais que tu devines ce qu’il va se passer.

Non, pas celui-là, mais j’aime ton innocence – Photo de Donald Tong sur Pexels.com

Sans crier gare, il leva bien haut son majeur en m’indiquant stupéfait « Tu savais que ça, c’était le mauvais doigt du Canada et qu’il ne fallait pas le faire en classe ici ?». Nouvelle crise cardiaque – ok, tachycardie légère mais je suis hypocondriaque.

Alors, ce qu’il faut savoir c’est que mon petit monsieur a toujours montré ce dont il parlait avec son majeur, pour suivre sa ligne de lecture par exemple ou montrer un oiseau…enfin bref, pour lui ça n’a jamais été un doigt « spécial » – enfin un « doigt ». Si on ne lui avait rien dit jusque là, c’est que depuis à peu près deux ans ça lui était plutôt passé et que je ne me voyais pas bien expliquer à un enfant de 4 ans pourquoi il ne fallait pas faire ce geste- sache que dire à un enfant qu’il ne faut pas le faire, lui donnera juste envie de te montrer sa maîtrise du geste.

Je lui ai expliqué que non, ce geste était quasi-universel – « comme coucou? » « mouais ». Si tu vois un enfant qui te fait un coucou avec son majeur, ne te méprends pas, il veut juste te dire bonjour! Ça va je rigole, il a bien compris que c’était très grossier et qu’il ne fallait pas le faire s’il ne voulait pas d’ennuis.

S’intégrer dans un pays francophone, c’est aussi apprendre de nouvelles définitions des mots que nous connaissions. Parler la même langue, ne signifie pas avoir les mêmes codes linguistiques. Les foufounes et le mauvais doigt du Canada nous renvoient finalement au schéma de Robert Jakobson, qui est la base de toute communication, qu’elle soit d’entreprise ou un simple dialogue entre deux personnes : l’émetteur encode le message que le récepteur décode en fonction du contexte, du contact entre l’émetteur et le récepteur et du code commun qu’ils doivent posséder. C’est un résumé tu t’en doutes, mais dis merci à wiki si tu veux aller plus loin.

La conclusion de cette histoire c’est que la compréhension de la culture d’un groupe est indispensable à une bonne communication.

Sur ce, je te laisse, je vais me trouver un site de mots québécois….

Enjoy ton lundi, on se capte demain si tu es là.

 

 

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