Les métiers des réseaux sociaux, les média traditionnels, l’e-sport, les start-ups, les licornes et les trottinettes – article intergénérationnel

Fiat Lux ! – Photo de Lukas sur Pexels.com

Récemment une copine qui voulait me remonter le moral sur ma recherche d’emplois – c’est un genre d’obsession, ça ne se soigne pas je pense – m’a envoyé l’article d’un journal qui qualifiait dans son titre « l’influenceur d’Instagram de métier à la con« … voilà j’ai eu à peu de chose près la même réaction. Je précise que l’article n’est pas récent, on aime bien fouiner dans ce que l’internet regorge d’archives – n’oublie pas que le droit à l’oubli n’existe pas ici cf l’article sur le sharenting.

Je n’ai pas l’intention d’opérer un virage professionnel mais je trouvais qu’au delà de la grossièreté et de la violence des termes, ça manquait de discernement. Ça m’a rappelé une émission de télévision où un youtubeur millionaire – on parle d’abonnés – avait subi les critiques non fondées et assez pitoyables d’un présentateur en manque de culture numérique ou encore d’une émission TV où deux youtubeurs millionnaires – je t’en donne toujours plus – ont été interviewés par une petite fille de 6 ans alors qu’ils ne s’y attendaient pas et qui terminait sa chronique par leur demander s’ils pouvaient lui expliquer ce qu’était un testicule – la version vulgaire du mot était utilisée alors que finalement la version polie aurait peut être été plus surprenante- la classe à Dallas. La présence de la petite fille c’est pour montrer que les youtubeurs ne s’adressent qu’à des enfants, bien évidemment. Et la vulgarité de la dernière question c’est….probablement parce que quand on a pas d’idées….bah on en a pas et ça craint.

Finalement, ça nous renvoie aux fausses guerres perdues d’avance entre le traditionnel et le nouveau – le traditionnel ne peut gagner à 100% que lorsqu’il s’agit de nourriture, foi de mangeuse de fromage au lait cru (cri intérieur de coeur qui saigne) – dans une société où la pyramide d’âge est dite inversée.

Si je comprends bien que le 13h de TF1 soit destiné aux personnes d’un certain âge et se rapproche d’un magazine quotidien ne délivrant finalement aucune information, il m’est plus difficile d’entendre un présentateur de JT de 20 heures indiquer que les youtubeurs sont tous jeunes – bah pas tant que ça-, ce serait comme dire que les vendeurs de chez Zara sont tous des étudiants – et qu’ils sont souvent interdits aux plus de 18 ans…tristesse de l’inconnu.

Le journaliste de presse écrite ou de télé transmet la plupart du temps une information impartiale sauf, quand il s’agit de métiers récents. Souviens-toi – essaye au moins pour me faire plaisir- de l’époque où on nous décrivait les Start-ups comme des repères de « jeunes » jouant au baby et faisant de la trottinette et comment aujourd’hui, on nous explique qu’il faudrait passer en mode entrepreunriat à outrance en proposant de faire de la France une « Start-up nation »….attends, tu vas me dire que les « gamins » d’hier ont développé des entreprises et que ça pourrait laisser penser que finalement ils ne faisaient pas que jouer au baby et fumer des clopes sur leurs trottinettes – QUEOI? mais j’en perds mon sonotone! – et qu’ils n’avaient pas récoltés des fonds auprès de Business Angels en les défiant à Tetris – mon rêve, « Bonjour madame, asseyez-vous, alors c’est simple, on fait une Battle Tétris sur Gameboy – précision parce que je suis une puriste, tu me proposes Gameboyadvance va falloir sérieusement revoir mon salaire à la hausse pour que j’accepte seulement de « peser les boutons » -, tu gagnes t’es notre future rédactrice / Community manager / Je te donne l’emploi. Tu perds, tu souris, café et tu dégages ». Tu en apprends beaucoup plus sur la gestion du stress des gens que tu recrutes quand tu les prends par surprise en mode Battle Tétris que quand tu leur proposes de fausses mises en situations – musique A, son au max.

Contrairement à la télé notamment, il existe des professionnels du digital de tous âges, qui commencent aujourd’hui ou qui ont commencé il y a des années, sur ces plateformes ou en télé ou radio. Et c’est un peu ça qui est beau dans l’internet, c’est que contrairement aux autres media traditionnels ça fonctionne moins par réseautage et cooptation et un peu plus par passion. Tu trouves le contenu que tu souhaites trouver; sur toutes ces plateformes de partage tu vas trouver des choses terriblement intéressantes et d’autres pitoyables, affligeantes, démoralisantes…Le problème c’est que soit les média traditionnels interrogent avec condescendance des créateurs de contenu avec talent pour les ridiculiser soit ils mettent tout le monde dans le Titanic, et font sombrer le navire comme un seul homme – on peut faire le lien avec la médiatisation des jeux vidéos.

Photo de Dark Indigo sur Pexels.com

L’autre chose qui est malaisante c’est ce rapport aux visionneurs de video. Quand tous les média se moquent allègrement des personnes qui regardent d’autres personnes jouer aux jeux videos…j’en rigole encore, parce que personnellement je ne regarde pas de chaînes de gaming mais je m’interroge: si tu regardes des gens jouer au football c’est vachement mieux intellectuellement parlant? – j’ai dit foot mais j’aurais pu dire soccer déjà, ou basket. Et c’est aussi se dire, qu’un peu comme Salomon est passé à côté du snowboard au début, que les média traditionnels sont passés à côté du e-sport…nan mais c’est vrai qu’après c’est pas comme si les media traditionnels étaient en perte de vitesse et puis pourquoi essayer de gagner sa part du butin d’un marché qui représente presque rien. Enfin quand je dis presque rien, « À l’échelle du globe, le sport électronique devrait rapporter 1,1 G$ en 2019, une augmentation de 26,7 % par rapport à 2018. Pour 2022, on avance le chiffre de 1,8 G$ US, en commandites, droits de diffusion, publicité, marchandises et billets. Aucun doute possible : autrefois réservé à une poignée d’initiés, le sport électronique s’impose dans le marché des médias et des loisirs. » La source de cet article cpacanada pour comptables professionnels agréés du Canada – C’est pas une vanne (Certaines chaînes de télé commencent enfin à diffuser du esport, mais en France, c’est toujours considéré comme une sous-culture par pas mal de media).

Et c’est assez paradoxal de passer à côté de cette masse d’argent car bien souvent quand le media tradi te parle d’influenceur, il ne parle qu’argent. Le sujet constant de l’argent est la preuve même que c’est un métier inconnu. Imagine un chirurgien dentiste invité sur un plateau télé pour parler de son livre sur….- la culture me manque- et la première question qu’on lui pose est « combien gagnez-vous? ». Et là je sens poindre les propos relatifs aux études. Alors ok, la France vient de reconnaître un bac plus deux en magie -aucun humour c’est vrai – pour autant tu sais souvent ces personnes qui cartonnent sur le web ont des connaissances et des capacités que tu ne soupçonnes pas en termes de rédaction , négociations, de montages vidéo, humour etc….bon parfois aussi, c’est vraiment honteux et tu as du mal à saisir pourquoi il y autant d’abonnés ou de vues.

Photo de Pixabay sur Pexels.com

Au même titre, les instagrammeurs sont attaqués par la presse écrite sur les likes sous leurs photos, les youtubeurs le sont sur le nombre de vues. Je me souviens du ton condescendant d’une journaliste TV demandant à une youtubeuse « 9 millions de vues ça veut quand même pas dire que 9 millions de personnes ont vu votre vidéo?…bah non hein ce sont des machines, ça vous pouvez pas savoir hein? ». Journaliste dis tu? Mais parlons audience TV. Sais-tu comment sont calculées les audiences TV? C’est Médiamétrie qui les calcule : une société privée qui les réalise sur un panel de …5 000 foyers. C’est vrai que le cartésien, que tu es, est forcément convaincu de la réalité des chiffres avancés du coup.

La rédaction de contenu est un réel travail qui n’est pas donné à tout le monde. Si la plupart des métiers d’internet sont considérés comme des métiers de fainéants ou des « non-professions », c’est bien souvent par des personnes qui manquent de discernement. Car non, je peux te le dire, il n’est pas donné à tout le monde de créer une communauté autour de ta passion et de ta personnalité. Et une fois que tu les as rassemblés, arriver à interagir avec eux de façon qualitative et régulière. Entretenir cette relation, fidéliser un abonné dans le monde de l’instantané, c’est un vrai travail.

Ecrire un texte de 600 mots sur un aspirateur, ou faire une vidéo sur une application bancaire n’est pas si évident – essaye pour t’amuser. On touche un sujet sensible quand on évoque les partenariats. La consommatrice avisée -prétention, égo, pastèque- que je suis te dira qu’elle est mitigée. Je suis d’accord pour dire que l’influenceur a entretenu une relation de confiance avec sa communauté et que l’achat est motivé par cette relation. A partir du moment où cette confiance n’est pas trahie et où on ne te conseille pas d’acheter un produit qui met en péril ta santé physique ou financière, je ne trouve pas ça plus gênant que les pages beauté des magazines qui te proposent les produits des annonceurs les plus généreux sans te préciser que c’est sponsorisé -contrairement aux influenceurs qui l’indiquent- ou pire les journaux d’informations qui ne traitent pas de sujets d’actualités touchant de trop près leurs actionnaires les plus importants – tu vois ça c’est quand même beaucoup plus malsain en termes de manipulation, ça se voit moins de prime abord que la perte de dents je te l’accorde mais je te trouve un peu superficiel.

Je suis la première à chercher un code promo d’influenceur sur le net quand je veux acheter quelque chose et les influenceurs que j’aime suivre proposent généralement des produits qu’ils ont testé avant et qu’ils ont approuvé. Bien sûr, j’ai aussi en tête les scandales récents concernant des articles en dropshipping ou la revente de produits aliexpress, mais comme dans tous les milieux professionnels, il y a des bons et des mauvais. Et souvent les bons condamnent les mauvais, ce qui n’est pas commun à tous les systèmes.

Certains se plaignent que les pages Instagram de personnalités sont devenus des écrans de publicités? Il ne faut plus les suivre si le contenu ne convient plus. Les personnes évoluent, leurs audiences aussi et il y a assez de choix pour trouver ce qui nous convient. Bien sûr qu’apprendre que Ronaldo serait -ce sont donc des estimations- payé 975 000 euros ou Khloé Kardashian 598 000 euros pour un post insta me laisse sans voix, mais me dire que ce prix n’est rien comparé à ce que cette photo « instantanée » rapporte à la marque qui l’a commanditée m’effraie encore plus.

Bref, je trouve dommage de traiter l’influence numérique dans son ensemble. Des forceurs, il y en a dans tous les métiers et je trouverais beaucoup plus intéressant de dénoncer des chaînes dites familiales qui montrent des enfants blessés filmés par leurs parents en attendant d’aller aux urgences – parce que c’est un comportement tout à fait normal non? tu prends une photos de l’os du bras de ton fils qui sort pour l’album familial?- et qui monétisent cette video bien sur – ce qui va largement au delà de l’exploitation on est bien d’accord- ou encore des personnalités dite publiques de TV réalité qui profitent de leur jeune audience pour leur vendre des kits de blanchiment des dents qui les leur trouent – en même temps elles ne sont plus jaunes – ou des numéros surtaxés pour avoir une dédicace de leur part – je suis allée dans les profondeurs des poubelles de l’influence- ou juste l’occasion de leur parler.

Pour les personnes qui travaillent correctement sur ces plateformes, l’influence ne représente en définitive qu’une tâche infime du travail réalisé qui correspondrait plus à un travail de publicité ultra ciblée visant une communauté de personnes restreintes partageant des intérêts communs. Cette communauté est à la fois versatile -la moindre erreur ne pardonne pas-, et sensible aux messages et conseils transmis par les personnalités qu’elle suit. Il est normal qu’un annonceur paye pour la visibilité octroyée, le travail de photo/video/texte rendu et parfois le service après vente, les réponses aux question pré achat etc….

Sauras-tu reconnaitre l’arnaque? Photo de mark glancy sur Pexels.com

Finalement, les métiers nouveaux c’est comme les Start-up, soit tu deviens une licorne, soit tu ne fais plus parti du tableau. Alors en fait, c’est sensé te faire sourire parce qu’une licorne c’est une Start-up avec une valorisation d’un milliard de dollars ou plus…Comme quoi j’ai eu raison d’offrir des trottinettes à mes enfants…me reste à trouver un baby et le salon qui va avec.

Enjoy ton jeudi, aujourd’hui c’est l’Halloween et on a un déguisement de licorne à enfiler.

Promis, demain, l’article sera plus court.

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